6 Novembre 2019
Les algues et goémoniers du Nord-Bretagne
Entre Paimpol (Côtes d'Armor) et Penmarc'h (sud Finistère), les conditions
sont très favorables au développement de nombreuses espèces d'algues
marines : profondeur entre 0 et 30m, clarté de l'eau, écart de température
limité, houle, substrat… Tout cela donne plus de 400 espèces d'algues dont
on sait tirer profit depuis longtemps.
Goémon est un nom générique désignant diverses algues marines brunes,
ramassées par les goémoniers sur le rivage (goémon de rive) avec des outils
rudimentaires comme le râteau, ou en mer (goémon de fond) avec une sorte de crochet articulé fixé sur le pont du bateau, appelé Scoubidou, en vue de
leur exploitation. Les algues appartiennent au monde végétal, ce sont des
plantes à thalle.
Colbert réglemente pour la 1ère fois le ramassage des algues par une
ordonnance d'août 1661. Mais dans un souci de gérer durablement la
ressource, d'en réserver l'exclusivité aux riverains, les dates et modalités
de récoltes sont fixées chaque année par les conseils paroissiaux, puis
municipaux.
Extrait de l'Ordonnance de 1661
A l'origine, les algues étaient utilisées principalement comme engrais pour
amender les sols : elles étaient séchées, puis broyées avant d'être épandues dans les cultures. On en tirait aussi de la soude : 25 tonnes de laminaires vert donnent 5 tonnes de laminaires sèches,
puis 1 tonne de soude ou 15 kg d'iode.
Elles servaient aussi de combustible après avoir été tassées, séchées dans
des "fours à goémons" creusés à même le sol. Il s'agissait en fait de petites
tranchées séparées par des pierres verticales, exposées au soleil où on y
tassait les algues. Les pavés compacts étaient ensuite retirés de ces niches,
puis brûlés dans les fours ou cheminées, comme les pavés de tourbe par
exemple.
"Four" de séchage d'algues
Les recherches aujourd'hui montrent qu'elles peuvent être utilisées dans de nombreux domaines
(épuration de l'eau, alimentation humaine et animale,
industrie pharmaceutique, production de biocarburants…)
Dans le Finistère, la production d'algues augmente à partir du milieu des
années cinquante. On passe de 2500 tonnes produites en 1954 à 62500
tonnes en 2005. En 1978, on arrête le séchage artisanal, l'extraction du
goémon de rive, l'utilisation des chevaux et des voitures attelées, pour passer à la vente du goémon "vert", le séchage se faisant de manière plus
industrielle. Entre 1954 et 2005, le nombre de goémoniers est tombé
de 676 à 51, le nombre de bateaux de 404 à 45. Aujourd'hui le gros de
l'extraction est dirigé vers le port finistérien de Linildut.
Maquette de bateau avec le "Scoubidou"
Comme les plantes terrestres, les algues sont très diversifiées : elles peuvent être fixées, aériennes,
flottantes, parasites, saprophytes… Elles présentent
des couleurs, des consistances et des architectures très différentes selon leur
milieu et leur situation dans l'eau permanente ou sur la zone de marnage du littoral.
En voici quelques-unes utilisées en cuisine :
Le Wakamé (Undaria pinnatifida) est une algue cultivée en mer, souple et
croquante, au goût d'huitres. Elle s'emploie dans les potages, tourtes et
salades.
Le Kombu royal (Saccharina latissima) est une laminaire charnue, tendre aux extrémités,
délicatement sucrée et iodée. Il sert d'enveloppe pour la cuisson du poisson ou dans le riz.
Le Spaghetti de mer (Himanthalia elongata) est tendre cru, fondant après
cuisson. Il présente une saveur iodée avec une note de noisette, très
agréable en sauce accompagnant les poissons.
La Dulse (Palmaria palmata) est une algue rouge douce au goût de
crustacées qui se consomme crue, dans une mayonnaise ou avec des
crudités.
Le Nori (Porphyra umbilicalis) est l'algue à la texture la plus fine et souple,
à la saveur de thé fumé, de champignons séchés qui accompagne
délicatement les sauces.
La Laitue de mer (Ulva lactuta) est souple crue, fondante cuite. A la saveur
proche de l'oseille terrestre, elle remplace le persil et s'utilise dans
les salades, sauces, potages et purées.
Ramassage des algues vertes à St-Efflam
A côté de cela, on ne peut hélas pas oublier de parler des marées vertes qui couvrent certaines
plages d'un matelas nauséabond. Cela est dû à la prolifération d'algues
vertes, essentiellement Ulva lactuca, dans un milieu enrichi en nitrates
par le ruissellement des zones d'agriculture intensive ou par un
traitement insuffisant des eaux usées urbaines. C'est le cas par exemple
de certaines plages dans la baie de Saint-Brieuc ou encore sur la celle de
Saint-Efflam.
Pierre