26 Septembre 2020
Connaissez-vous la « Porte des Aravis » ? C’est une encoche dans les rochers de la crête calcaire de la partie nord de la chaîne. La légende raconte que, lors de sa traversée des Alpes, Gargantua trébucha. Énervé, il donna un grand coup de pied dans la montagne. La Porte des Aravis était née. Le pic rocheux qui s’en détacha atterrit alors dans le massif du Beaufortain : la Pierra Menta était née…
Pour atteindre la Porte des Aravis (2400 m) il faut remonter la combe de la Creuse, située entre la combe de la Torchère et la combe de Borderan.
Dans sa partie supérieure, c’est une combe austère, on monte dans des pierriers encadrés par des rochers. On entend parfois des chutes de pierres provoquées par des chamois…
Le 20 juillet, nous avons eu la chance d’observer pendant un long moment deux Gypaètes barbus, ainsi que des Vautours fauves, deux Tichodromes, des Chocards à bec jaune et aussi des Craves à bec rouge, beaucoup moins fréquents.
Ces pierriers, c’est le domaine du Tabouret à feuilles rondes à fleurs lilas (Noccaea rotundifolia = Thlaspi) et du Cresson des chamois à fleurs blanches (Hornungia alpina, jadis Hutchinsia alpina, puis Pritzelago …).
La montée est rude, je suis contente d’arriver sur la crête. Nous sommes à la limite entre la Haute-Savoie (commune de La Clusaz) et la Savoie (commune de la Giettaz). Récompense pour nos efforts : nous découvrons un beau panorama sur le Mont Blanc et beaucoup d’autres sommets.
Et il y a de nombreuses touffes de Pensées du Mont-Cenis (Viola cenisia) en pleine floraison.
La Pensée du Mont-Cenis ressemble un peu à la Pensée éperonnée, Viola calcarata.
Mais ces deux Pensées poussent dans des milieux très différents, éboulis calcaires pour la première, prairies subalpines pour la seconde. Les fleurs de la Pensée du Mont-Cenis sont plus rondes, les feuilles non dentées et suborbiculaires.
En Haute-Savoie, la Pensée du Mont-Cenis est une plante rare.
Elle a été observée dans le Haut-Giffre entre 1890 et 1910 mais n’y a jamais été revue.
Dans les Aravis, sur la commune de la Clusaz, elle a été récoltée 6 fois entre 1863 et 1906.
Denis Jordan l’a trouvée en 2011 dans la Combe de la Torchère à 2180 m et en 2012 dans la Combe de la Balme à 2005 m.
Elle a été collectée ici même, à la Porte des Aravis, par le Père Jean-Marie Delavay en 1863
A cette époque il était prêtre à Saint-Nicolas-la-Chapelle. Passionné par la flore alpine, il a contribué au Catalogue raisonné des plantes vasculaires de Savoie d’Eugène Perrier de la Bâthie.
Mais quelques années plus tard, il a quitté les Alpes et a été envoyé comme missionnaire en Chine où il mourut en 1895. Il a exploré les montagnes du Yunnan et a envoyé un grand nombre de plantes inconnues au Muséum de Paris. Sa collection de plantes chinoises est l’une des plus importantes de la fin du XIXe siècle. Elle compte environ 2500 espèces nouvelles. De nombreuses espèces lui ont été dédiées : un Aster porte son nom, Aster delavayi, de même une espèce d’Abies, de Clethra, de Gleditsia, d’Incarvillea, de Magnolia, de Paeonia, de Philadelphus et beaucoup d’autres ….
La Pensée du Mont-Cenis est beaucoup moins rare dans les Alpes du sud. Elle pousse par exemple tout près de la route dans les éboulis de la Casse Déserte, près du col de l’Izoard (Hautes-Alpes) ou sur le Mont Ventoux.
Monique