15 Août 2022
Le 30 mai 2020, notre chenille de Grande Queue fourchue confectionne un cocon très dur à base de particules de bois (un aggloméré !), presque indétectable sur la branche mise à sa disposition. La chrysalide pouvant passer deux hivers, nous attendons le papillon pour la fin du printemps 2022…
Mai 2022, tous les matins, je vais voir si le papillon est né…mais rien !
Le 23 mai, Monique, toujours impatiente, propose de détacher soigneusement le cocon de son support, pour voir si la chrysalide est en bon état.
Mais sur la chrysalide, il y a une petite « chose » blanche, est-ce de la moisissure ? Surprise, ce n’est pas de la moisissure, c’est le papillon qui vient de déchirer la chrysalide !
Je commence à prendre des photos. Tout va très vite, trop vite.
Sa main est alors souillée par un liquide brunâtre, le « méconium » rejeté par le papillon au moment de l’émergence. C’est la matière contenue dans le tube digestif. (Ce terme désigne aussi la première selle des bébés humains après leur naissance !)
Le papillon est déjà sur ses pattes ! Ses antennes sont fortement pectinées (elles ressemblent à une plume), c’est donc un mâle. Avec ces ailes minuscules, on dirait des moignons, cette petite peluche ne ressemble en rien à un papillon !
Nous sommes maintenant moins pressées, nous prenons le temps de photographier le cocon et la chrysalide ouverte.
15 h 37 - le papillon s’agrippe à son cocon à l’aide de ses pattes « emplumées » et relève ses ailes à la verticale. Les ailes paraissent molles. Le papillon les gonfle d’air puis y injecte du sang (appelé hémolymphe) pour durcir les nervures.
15h 46 - les ailes toujours relevées au-dessus du corps, s’allongent encore. Le revers a une teinte jaune.
15 h 57 - le papillon a atteint sa taille normale. Accroché à sa branche, il laisse pendre ses ailes, pour les faire sécher.
Il est magnifique ! C’est un grand papillon avec une envergure d’environ 70 mm. Les ailes antérieures gris blanc sont ornées de plusieurs lignes noires, fines et en zigzag. Les nervures sont jaunâtres. On ne se lasse pas de l’admirer ! Il fait partie de la famille des Notodontidae, comme l’Hermine, la Processionnaire du pin, la Bucéphale… Linné l’a décrit en 1758 : Cerura vinula L.
Mais ce beau papillon est dépourvu de trompe, il ne se nourrira pas. Son seul objectif sera de trouver une partenaire pour se reproduire et perpétuer l’espèce. Et sa tâche accomplie, il disparaitra. Le soir même, je suis allée le relâcher à 2 km de chez moi, à Ugine, la Serraz, à l’endroit où j’avais prélevé la chenille. J’espère qu’il aura rencontré une femelle.
Pour nous, ce fut un moment exceptionnel, intense, quelle émotion d’assister à cette émergence ! Nous en garderons vraiment un très bon souvenir.
Claudie et Monique