9 Août 2022
Dans l’article du 16-7-2009 « Une chenille surprenante qui ne manque pas d’idées pour éloigner les importuns », nous avions décrit le comportement défensif très élaboré de la chenille de la Grande Queue fourchue, Cerura vinula. http://groupenaturefaverges.over-blog.fr/article-33858815.html
En 2020, le 11 mai, pour notre première sortie après le confinement, nous allons à quelques kilomètres de chez nous, à Ugine (Savoie). Nous découvrons sur des Saul cendrés (Salix cinerea) et sur des rejets de Peuplier noir (Populus nigra), plusieurs chenilles de Grande Queue fourchue à différents stades.
Jeunes chenilles, au repos entre les prises de nourriture : elles se tiennent souvent le long de la nervure principale.
Nous trouvons aussi 2 œufs sur une feuille de peuplier noir.
Les œufs sont gros, sphériques avec un petit orifice, le micropyle, qui permet le passage des spermatozoïdes et donc la fécondation de l’œuf.
Le 11 mai, je ramène une chenille à un stade avancé pour en faire l’élevage ainsi que des rameaux de peuplier avec des feuilles bien tendres.
La chenille grandit encore. Le 20 mai, elle mange son ancienne « peau », sa mue ! Pour elle c’est une source de protéines.
Je l’embête un petit peu, elle se redresse et laisse saillir des filaments rouges à l’extrémité des processus de sa « queue fourchue » : c’est une attitude d’intimidation, mais en captivité, pas très spectaculaire. La chenille rentre sa tête dans le prothorax et fait apparaitre un masque rouge. Sur cette tête, 2 points noirs simulent des yeux effrayants et on devine en bas, la fente permettant le jet d’acide formique.
Le 28 mai, la chenille arrête de s’alimenter, elle change de couleur, devient plus terne. Elle s’immobilise : elle va bientôt se chrysalider.
Pour son futur cocon, je dispose deux branches de pommier couvertes de mousses et de lichens, une assez fine, une autre de diamètre plus gros est placée en travers du terrarium, plus haut. Dans la nature, ce cocon est construit sur le tronc ou les branches de l’arbre nourricier (saule ou peuplier).
Le 29 mai, je la trouve immobile sur le rameau fin : je m’inquiète, elle n’a pas trouvé la branche plus grosse…Mais le lendemain, elle a trouvé le bon emplacement ! La nymphose approche.
Le 31 mai, le cocon est terminé, il est extrêmement rigide, entièrement constitué de fins copeaux de bois agglomérés recouverts de mousse et de lichens.
A l’aide de ses puissantes mandibules, la chenille creuse une loge à la fois dans le bois et dans l’écorce. Cette loge est tapissée d’une matière très dure - rognures de bois et soie- Enchâssé sur la branche, ce cocon est pratiquement invisible et d’une résistance exceptionnelle : un modèle de camouflage et de robustesse ! On ne peut être qu’admiratif devant un travail aussi spectaculaire.
Un regret, je n’ai pas pu observer entièrement la confection de ce cocon, la chenille travaillait surtout la nuit.
Mais comment le papillon sortira-t-il de ce cocon si dur ?
Réponse dans un beau livre « Les papillons et leurs biotopes » Pro Natura, vol 3, p 419
« Avant l’éclosion, le papillon qui à l’intérieur a déjà fait éclater l’enveloppe nymphale, ramollit la paroi dure du cocon -du côté frontal- à l’aide d’un liquide. Ce n’est qu’en poussant de la tête et des épaules qu’il réussit, au bout de plusieurs minutes, à transpercer la paroi ramollie du cocon et à éclore. »
La chrysalide a passé l’hiver, l’émergence devait avoir lieu en juin 2021… mais rien ! Je suis un peu déçue. J’avais pourtant vaporisé de l’eau pour maintenir une certaine humidité et faciliter la sortie du papillon.
J’ai lu que la chrysalide peut passer 2 hivers, alors j’ai un peu d’espoir : ce sera peut-être pour juin 2022 !
Claudie (à suivre !)