4 Août 2011
Arbre incontournable du sud-ouest marocain, on aperçoit à l’atterrissage à Agadir les tâches sombres qu’il forme en contraste avec la teinte plus claire des oliviers cultivés en ligne.
C’est un arbre « caméléon » : il peut déployer une cime impressionnante quand il est cultivé ou si les conditions sont favorables, se tordre en petit buisson rachitique dans les lieux ingrats, ou encore prendre une « forme en drapeau » sur les côtes ventées. Entre ces extrêmes on est frappé par ses formes étonnantes avant de dépérir ou pour se défendre de la fronde caprine, les chèvres hardies étant capables de dévorer ses feuilles les plus hautes.
Une lutte désespérée pour la survie ? On pense aux vieux châtaigniers des Cévennes, morts en gloire.
Les sécheresses de ces dernières années, la déprise agricole et l’exode rural, le surpâturage sauvage,
peut-être un oubli du développement de ces régions du grand sud ont entraîné un recul de l’arbre prodigue.
On peut espérer que la découverte récente par les « occidentaux » des vertus ancestrales de l’huile d’argan donne une nouvelle chance à cet arbre généreux. La création de coopératives féminines signalées sur le bord de la route, dans les montagnes d’Aït- Baha par exemple, est une réalisation particulièrement prometteuse.
L’huile est obtenue de manière traditionnelle, les femmes assises au sol cassant les noyaux un à un, mais avec l’hygiène et la traçabilité nécessaires à des garanties de qualité. Ces coopératives ont pu profiter de capitaux européens, mais sont souvent gérées par des Marocaines. Il faudrait connaître de manière précise les retombées financières pour les familles. On peut tout de même penser que les femmes en gagnant un peu d’autonomie, en améliorant leur situation socio-économique, en se retrouvant entre elles comme elles le font de manière traditionnelle pour différentes tâches, peuvent se sentir fortifiées dans ces lieux de parole, où le travail bien que répétitif paraisse moins pénible que les travaux féminins des champs.
Toutefois, il ne serait pas souhaitable que l’exportation de l’huile d’argan pour nos produits de beauté, prive les populations locales d’un produit de nécessité. Le commerce doit rester équitable ! Le prix de l’huile d’argan a beaucoup augmenté ces dernières années, surtout dans les coopératives où l’on propose au touriste de passage le litre à plus de 35 €, certes c’est une huile « bio ». Cette huile est vendue moins chère sur les marchés, où l’on dit qu’elle peut être plus ou moins frelatée mais devient trop coûteuse pour les populations locales qui risquent de devoir se contenter des huiles d’arachide d’importation.
Si vous voulez vous régaler d’huile d’argan, allez donc à Aït Baha où l’hôtel principal 3 étoiles propose pour 25 dirhams, un petit déjeuner traditionnel avec une tasse d’huile d’argan et une d’huile d’olive dans lesquelles on trempe le pain !
Cet arbre « multi-usage » bien connu désormais par la renommée de son huile aux mille vertus, a peut-être une chance de retrouver un développement durable. Les pluies abondantes de ces 2 dernières années permettent d’espérer que l’arganeraie ne disparaîtra pas.