10 Novembre 2022
L’Ecaille du myosotis, la Gentille, Utetheisa pulchella, c’est un très beau petit papillon de nuit (pulchella = joli) : envergure 30-38 mm, ailes antérieures blanches avec des taches géométriques noires et rouges.
Avec une telle livrée, il est facile à reconnaître, on ne peut le confondre avec aucun autre papillon européen.
On l’appelle l’Ecaille du myosotis car ses chenilles se nourrissent de plantes basses avec une préférence pour les Boraginacées, Myosotis, Echium, Heliotropium, Cynoglossum, Borago, Anchusa …
Comme les autres Ecailles il appartient à la famille des Erebidae, sous-famille des Arctiinae.
Le papillon vole de mai à novembre. Il est actif de jour comme de nuit.
C’est une espèce subtropicale migratrice. Sa répartition s’étend de l’Asie méridionale au sud de l’Europe, en incluant tout le continent africain. Nous l’avons d’ailleurs photographié au Sénégal lors d’un voyage ornithologique, près de Toubacouta dans le Sine Saloum, le 18 décembre 2013.
Sur ce timbre du Tchad, on voit une toile d’araignée en arrière du papillon …Mais le papillon semble bien vivant, il étale ses ailes, on voit que ses ailes postérieures, souvent cachées par les ailes antérieures, sont blanches avec des taches noires.
Cette espèce subtropicale migratrice est observée occasionnellement dans le sud de la France : le long du littoral méditerranéen, parfois à l’intérieur des terres en Languedoc, en Roussillon, et aussi le long de l’Atlantique jusqu’en Bretagne. Ces observations sont rares. Seulement 2 observations ont été signalées sur Faune-France en 2019, 28 en 2020, puis 3 en 2021.
J’ai été étonnée d’apprendre le 1e novembre qu’une amie de notre amie Claude L. l’avait observé quelques jours plus tôt dans le Charolais, à l’intérieur des terres : le 27 octobre, une Ecaille des myosotis était posée sur un mur, à Sanvignes-les-Mines (Saône-et-Loire 71), sur le parking de la Découverte Saint-Amédée, un creusement de la mine à ciel ouvert qui a été rempli d’eau. Il semble que ce soit la 1ère observation de ce papillon dans ce département.
C’est alors que j’ai lu dans les actualités de Faune France (portail de sciences participatives www.faune-france.org, article de Philippe Jourde) qu’il y avait un exceptionnel afflux d’Ecailles du myosotis ces dernières semaines : 261 observations ont été recensées en France du 16 octobre au 8 novembre, sur 42 départements.
Les départements du sud et aussi de la façade atlantique ont eu le plus d’observations : l’Aude (37 observations), les Pyrénées-Orientales (26 obs), les Charentes-Maritimes (24 obs), les Bouches-du-Rhône (20 obs), l’Hérault (19 obs), le Morbihan (18 obs), le Var (16 obs), le Vaucluse (14 obs), le Gard (11obs), la Gironde (9 obs) …
Le papillon a aussi été observé dans d’autres pays européens, en Belgique, aux Pays-Bas, dans le sud de l’Angleterre, en Allemagne et jusqu’au sud du Danemark.
Dans notre région, en Haute-Savoie, nos amis du Groupe Nature, Paulette et Robert ont eu la chance de voir ce magnifique papillon dans leur jardin à Vésonne (Faverges), tout près de chez nous. Ils l’ont photographié le 1e novembre et ils l’ont revu le 7 novembre.
L’observation de Paulette et Robert a été mise sur faune France.
En Savoie, à ce jour aucune observation sur faune France.
Dans l’Ain et en Isère, 4 observations dans chacun de ces départements.
Je pense que l’automne 2022 restera dans les annales pour cette espèce.
L’été chaud et sec, les températures particulièrement élevées du mois d’octobre et les vents du sud qui ont soufflé pendant plusieurs semaines ont sans doute favorisé cette migration exceptionnelle.
On peut se demander que vont devenir ces papillons ? Des accouplements ont été photographiés mais les œufs ne viendront sans doute pas à terme et il n’y aura de toute façon pas de nourriture pour les chenilles : les plantes sur lesquelles la femelle a pondu, ne vont pas tarder à disparaitre à cause du gel. Les papillons eux-mêmes vont mourir …
Cette arrivée exceptionnelle de papillons du sud, c’est une preuve de plus du réchauffement climatique…
Claudie