12 Avril 2023
C’est une jolie plante qui fleurit au printemps, fin mars. Elle est rare, mais là où elle pousse, elle est abondante.
Nous avons la chance d’avoir une belle station tout près de chez nous, sur la commune de Talloires, au-dessus du Pont des Fées (710 m), dans la forêt et surtout dans le pré en lisière de la forêt.
Le pont des fées enjambe un torrent, le Nant d’Oy, qui prend sa source dans le massif de la Tournette. C’est lui qui va former un petit peu plus bas la célèbre cascade d’Angon.
Le torrent a creusé de belles marmites de géant (ou marmites du diable ou chaudrons de sorcières). Cf blog du 8 avril 2010 : « Ces cavités prennent naissance dans des cours d’eau à régime torrentiel à partir d’une discontinuité dans le lit, pouvant retenir des cailloux plus ou moins gros et provoquant un tourbillon quasi incessant qui, à la longueur des temps géologiques, va élargir et approfondir la discontinuité initiale et lui donner cette forme parfaitement circulaire. Il arrive que l’on trouve au fond de la marmite les restes des cailloux responsables, naturellement sphériques ! »
Erythronium dens-canis Linné 1758 – Erythrone dent-de-chien, Satyrion rouge … Du grec erythros rouge, car les feuilles sont maculées de brun-pourpre.
Les plantes qui fleurissent ont 2 feuilles allongées vert pâle avec des taches irrégulières brun-pourpre.
Dens-canis : la partie souterraine, le bulbe est allongé, blanchâtre, il ressemblerait à une canine de chien … Photo internet
Le périanthe (l’enveloppe florale) est composé de 3 pétales et de 3 sépales pétaloïdes (qui ressemblent aux pétales). Quand la fleur s’épanouit, les 6 tépales (pétales et sépales pétaloïdes) sont réfléchis et se dressent vers le haut comme chez les cyclamens. Ils sont roses, tachés de jaune et de blanc à la gorge.
Le Cyclamen fait partie de la famille des Primulacées (bien que la ressemblance avec les Primevères ne soit pas évidente !), c’est une Dicotylédone.
L’Erythronium fait partie de la famille des Liliacées (les Allemands l’appellent Hundszahnlilie, Lis dent-de-chien), c’est une Monocotylédone.
Les 6 étamines (organes mâles de la fleur) et le style (organe femelle) sont longuement saillants. Les filets des étamines sont élargis, les anthères (la partie terminale de l’étamine qui renferme le pollen) sont bleues.
Un Bombyle en vol stationnaire devant la fleur, il n’est pas très net car toujours en mouvement. Il ressemble à un petit bourdon, corps rond, très velu, mais c’est une mouche, une mouche en manteau de fourrure ! Il pompe le nectar des fleurs avec sa très longue trompe rigide.
Une fois pollinisée, la fleur flétrit, l’ovaire à 3 loges gonfle, le fruit se développe : c’est une capsule à 3 loges qui contient de nombreuses graines. A maturité ces graines sont dispersées par des fourmis : (myrmécochorie – myrmeco- fourmis, et chorie, se mouvoir) : chaque graine a une petite excroissance riche en lipides et en protéines, l’élaïosome, qui attire les fourmis. Cet appendice, c’est un bonbon pour les fourmis, mais il est inutile à la germination.
En Haute-Savoie, les plus beaux peuplements sont dans le Vuache, la plante y a été découverte en 1833 par Georges-François Reuter (botaniste né en 1805 à Paris, mort à Genève en 1872).
L’Erythrone dent-de-chien est devenu l’emblème du Vuache et du Syndicat Intercommunal de Protection et de Conservation du Vuache (SIPCV).
En Haute-Savoie, il est aussi présent au Mont de Musiège, à la montagne des Princes, à Reignier, à Vougy, à Talloires…
Il est très rare en Suisse, on le trouve dans le sud du Tessin. A Genève, dans le canton de Vaud et de Neuchâtel, il a très probablement été introduit …
La plante est inscrite dans la liste rouge de Rhône-Alpes, elle n’est pas protégée dans notre région, mais ne la cueillez pas, elle est tellement mieux dans la nature !
En France, nous n’avons qu’une seule espèce d’Erythrone. Mais dans le monde il y a une trentaine d’espèces : 26 espèces sont américaines et 7 seulement sont eurasiatiques.
Nous avons photographié Erythronium tuolumnense au Jardin botanique de Genève. Les fleurs sont jaune d’or, les feuilles n’ont pas de taches, elles sont grandes et plus nombreuses. La plante pousse dans les sous-bois humides de la Sierra Nevada entre 600 et 1000 m d’altitude, c’est une endémique du comté de Tuolumne en Californie.
Monique