28 Décembre 2012
Le 25 mai, nous avons passé la journée au Petit Salève.
En début d'après-midi, alors que nous étions dans la hêtraie au dessus des Voûtes, nous avons eu la chance de rencontrer un beau papillon de nuit : la Hachette, Aglia tau.
Photo Papillon 25 mai
Il fait partie des 5 espèces françaises de Saturnidae avec le Petit Paon de nuit, le Grand Paon de nuit, l’Isabelle et le Bombyx de l’ailante.
C'est un papillon que nous connaissons bien. Au printemps, il nous arrive de le voir dans les hêtraies.
Au centre de chaque aile un ocelle bleu cerclé de noir et gravé d'un T (qui a donné son nom latin au papillon, « tau » signifiant T en grec) blanc et bien visible. Cette marque ressemblant à une petite hache est à l'origine de son nom vernaculaire « Hachette ».
En l'observant, nous comprenons que c'est une femelle. Elle est plus terne, ses antennes sont filiformes. Et surtout, elle a un gros abdomen rempli d'oeufs.
Le mâle a des ailes d'un ocre jaune vif et de magnifiques antennes pectinées. Il vole le jour, alors que la femelle vole la nuit. Mais alors comment font-ils pour se rencontrer ? La journée, la femelle émet des phéromones que le mâle détecte grâce à ses antennes pectinées. Une fois fécondée, la femelle va pondre sur les hêtres.
J’ai bien envie d’élever cette femelle. Mais ses œufs n’ont peut-être pas été fécondés par un mâle ? Je me décide. J’emmènerai mon papillon le lendemain dans une hêtraie du vallon de St Ruph et j’essaierai d’attirer un mâle !
Au retour, j’installe mon papillon dans un terrarium. Le lendemain matin, je m’aperçois que ma femelle a déjà pondu de gros œufs vert clair ! Ses ailes sont abimées (elle s’est agitée pendant la nuit) et elle meurt rapidement. En effet, la plupart des papillons de nuit ne s’alimentent pas, ils n’ont pas de trompe, ils ne vivent que quelques jours, le temps de se reproduire.
Les œufs sont très gros pour des œufs de papillon, par contre, ils sont peu nombreux (environ une vingtaine pondus contre les parois ou sur les rameaux que j’ai disposés). Ils sont un peu aplatis, opaques et changent de couleur très vite : du vert, ils passent au marron.
Photo 26 mai ponte
Début juin, je m’inquiète car les œufs sont un peu déprimés, creusés : je doute de leur fertilité.
Mais le 3 juin, surprise ! Ils éclosent et donnent naissance à de bien curieuses chenilles que je ne me lasse pas d’observer !
Photo 3 juin éclosion
Chenilles le 9 juin
Les petites chenilles vertes sont amusantes, elles portent de longues épines (« scoli ») annelées de rouge et de blanc, fourchues à leur extrémité. On dirait des banderilles ! Je comprends maintenant pourquoi les œufs étaient si gros : il fallait loger tout ça dans un petit espace !
Les 2 premiers jours, elles me donnent du souci : elles sont très agitées et ne pensent qu’à se sauver. Avec un pinceau, je les replace délicatement sur leur feuille. Mais je me documente et j’apprends que ce comportement est normal et qu’il faut éviter de les manipuler ainsi.
Les semaines suivantes, elles se développent très lentement. Je change régulièrement les feuilles de hêtre mais ces chenilles ne sont pas très voraces, elles grossissent peu. Le 20 juin je les photographie encore. Elles mourront quelques jours plus tard. Je suis très déçue ! Je pense tout d’abord à une attaque de champignons (maladies cryptogamiques).
Photo 20 juin chenille
Plus tard, un ami m’apprend qu’en captivité, il ne fallait surtout pas nourrir ces chenilles avec du hêtre. Il fallait préférer le charme, le noisetier, le chêne (attention à ne pas changer de plante en cours d’élevage !)
Et pourtant, dans la nature, le hêtre est la plante nourricière par excellence…
Il n’est pas toujours facile de mener à bien un élevage !
Claudie