7 Mars 2018
Cette zone sensible que nous « fauchons » en priorité depuis plusieurs années, s’appelle « la Ganfouille », elle se trouve sur la commune de Faverges-Seythenex. Elle abrite plusieurs espèces remarquables, rares. Pour les voir il faudra revenir en juin.
Visite de la zone en juin : les phragmites ont poussé, mais c’est assez clairsemé, à l’arrière-plan on devine les zones non fauchées, du jaune pâle, les phragmites secs, les nouvelles pousses, des arbustes, c’est pratiquement impénétrable !
Le Liparis de Loesel, Liparis loeselii. Cette petite orchidée circumboréale, dédiée à J. Loesel, professeur de médecine allemand du XVIIe siècle qui en a fait la première description, est très discrète et peu spectaculaire. Elle fleurit en juin dans les bas-marais alcalins à choin noirâtre, dans le marais de Giez, dans la réserve du Bout du lac (elle n’a pas été revue ces dernières années), à Saint-Jorioz dans les marais de l’Enfer…
D’une longueur de 5 à 20 cm, deux feuilles opposées (parfois trois), inflorescence lâche, petites fleurs vert-jaunâtre sans éperon, les pièces florales sont étroites, le labelle est un peu plus large, orienté vers le haut, à la base de la tige deux pseudobulbes dans la mousse (on peut palper très délicatement la base de la tige pour les sentir). La plante ne produisant ni nectar ni parfum, elle n’attire pas les insectes. On constate que le taux de fructification est élevé : la plante se pollinise elle-même, les pollinies d’une fleur tombent sur le stigmate de la même fleur (pollinisation autogame).
Cette petite orchidée est rare, difficile à repérer et difficile à photographier : avez-vous envie de vous mettre à plat ventre dans l’eau ? Dès que le substrat s’assèche elle disparait, aussi est-elle en forte régression. Elle a été découverte ici en juin 1988 par Bernard Bal. Protection Nationale.
Le Rossolis à longues feuilles, Drosera longifolia = Drosera anglica. C’est une « plante carnivore », les petits insectes restent collés sur les poils glanduleux des feuilles. L’espèce est caractéristique des bas-marais alcalins à choin noirâtre et linaigrette à feuilles larges, tandis que le Rossolis à feuilles rondes, Drosera rotundifolia, pousse sur les tapis de sphaignes dans les milieux acides. Elle est en régression partout en France.
La Petite Utriculaire, Utricularia minor, est une espèce aquatique difficile à repérer, sauf quand les fleurs dépassent de l’eau, mais la floraison est capricieuse et les fleurs sont très petites… Les Utriculaires sont aussi des « plantes carnivores », elles sont capables de capturer des micro-organismes en les aspirant dans leurs utricules (= petites outres).
La surface de l’eau a un aspect irisé : pollution par du gasoil ? Non, c’est dû aux bactéries du fer, Jean Eyheralde de la réserve des Aiguilles Rouges l’expliquait très bien, mais j’ai oublié..
LesLes « utricules » photographiées ici sont celles d’une autre espèce d’Utriculaire, un peu plus grosse.
Ce sont des pièges à micro-organismes. Ils sont fermés par un clapet. Des poils sensitifs déclenchent l’ouverture, la proie est aspirée.
La Linaigrette grêle, Eriophorum gracile, est bien plus rare que la Linaigrette à feuilles larges, présente dans ce marais.
L’Orchis très odorant, Gymnadenia odoratissima : la plante est souvent plus grêle que sa cousine, l’Orchis moucheron, Gymnadenia conopsea, les fleurs sont plus pâles, l’éperon est beaucoup plus court. Les pollinisateurs, surtout des papillons de nuit, sont attirés par le parfum de vanille et par le nectar. On la trouve à basse altitude dans les bas-marais à choin noirâtre comme ici, mais aussi parfois en montagne dans des pelouses rocheuses calcaires.
Le Choin noirâtre, Schoenus nigricans, une Cypéracée typique des bas-marais alcalins, elle pousse en touffes, une bractée en longue pointe dépasse l’inflorescence formée d’épillets noirâtres.
L’Agrion de Mercure, Coenagrion mercuriale – le mâle a sur le 2ème segment abdominal un dessin noir en forme de casque gaulois. Ce dessin évoque aussi le symbole astronomique de Mercure, ce qui explique son nom. Ce petit agrion est protégé en France et en Suisse : c’est une espèce d’intérêt communautaire.
Eaux courantes ensoleillées de bonne qualité, alcalines et de débit modéré : fossés, chenaux, ruisselets envahis de plantes aquatiques et hygrophiles.
Monique et Claudie