26 Juin 2024
Nous avons la chance dans notre région et particulièrement dans nos pays de Savoie de rencontrer de nombreuses espèces d’orchidées, toutes plus belles et étonnantes les unes que les autres.
Il semble que la plus admirée soit le Sabot de Vénus (Cypripedium calceolus). C’est vrai qu’il s’agit d’une plante remarquable par sa hauteur, par ses larges feuilles ovales, fortement nervées, par ses grandes fleurs (pétales et sépales) brun-rouge et son labelle jaune vif, luisant et ouvert en sabot. Une station bien fournie et en pleine floraison est toujours un spectacle. C’est la seule espèce du genre Cypripedium en France.
Les autres genres (Anacamptis, Dactylorhiza, Epipactis, Gymnadenia, Neotinea, Ophrys, Orchis, Platanthera…) possèdent eux-aussi de très belles espèces.
Sans oublier celles que j’appellerais les ‘’mini orchidées’’, recherchées aussi bien pour leurs fleurs de petite taille que parfois pour leur rareté, comme la Racine de corail (Corallorhiza trifida), la Goodyère rampante (Goodyera repens), le Liparis de Loesel (Liparis loeselii), celles du genre Spiranthes…
A l’inverse de certains genres qui comptent en Rhône-Alpes de nombreuses espèces, comme par exemples Dactylorhiza avec une vingtaine d’espèces et sous-espèces, une quinzaine pour Epipactis, plus de trente pour Ophrys, neuf pour Anacamptis et Orchis, le genre Cephalanthera, objet de mon propos, n’en compte que trois (une quinzaine dans le Monde et cinq en Europe). Une seule espèce non chlorophyllienne est connue en Amérique Nord-Ouest.
Le genre Cephalanthera, du grec Kephale (tête) et anthera (anthère), présente plusieurs caractères morphologiques : plante à rhizome, tige dressée, feuillée, inflorescence en épi plus ou moins lâche s’ouvrant peu, sans nectar, anthère obtuse courbée en avant, hypochile (partie supérieure du labelle) concave, épichile (partie inférieure du labelle) muni de crêtes longitudinales. Le genre est proche de Epipactis.
En Rhône-Alpes, les trois espèces sont très présentes à l’est d’une ligne reliant Bourg-en-Bresse et Privas, hors terrains acides, et ne font l’objet d’aucune protection.
La Céphalanthère blanchâtre ou Céphalanthère de Damas (Cephalanthera damasonium)
C’est une plante robuste de 15 à 50 cm de hauteur. Ses feuilles sont ovales, lancéolées, écartées et réparties autour de la tige. 3 à 12 fleurs jaunâtres, s’ouvrant peu ou pas du tout, sont implantées en épi lâche, avec un labelle sillonné de crêtes orangées.
On la trouve en forêt, à mi ombre, sur sol calcaire, jusqu’à 1500 m. Elle fleurit de mi-avril à début août
La Céphalanthère à longues feuilles (Cephalanthera longifolia)
C’est une plante plus élancée que sa sœur de Damas (jusqu’à 60 cm). Ses feuilles étroites et longues sont plus ou moins distiques (sur un même plan). Les fleurs d’un blanc pur, s’ouvrant plus, sont aussi en épi lâche et le labelle présente lui-aussi des crêtes orangées.
L’habitat est quasi identique à la Céphalanthère blanchâtre, mais on peut la voir jusqu’à 1700 m d’altitude, à la même époque.
La Céphalanthère rouge (Cephalanthera rubra)
C’est mon coup de cœur, elle est pour moi une des plus belles orchidées sauvages de notre région. Elle est assez grêle mais peut atteindre 60 cm. Les fleurs roses en épi lâche s’ouvrent largement et le labelle blanc bordé de pourpre montre des crêtes jaunâtres. Elle fleurit de fin mai à mi-août, dans des milieux similaires à ses consœurs.
Ses couleurs varient du rose-pourpre intense au rose pâle.
Ici en juin 2007 au Mont Rachais au-dessus de Grenoble et en juin 2020 au col de la Cochette, c’est le rose vif qui domine.
Sur les deux photos suivantes c’est plutôt le rose pâle : début juillet 2008 en Chartreuse et en 2014 au Col des Nantets.
Mais la couleur peut aussi tirer un peu sur le bleu, comme ici à la Montagne des Princes fin mai 2020.
La deuxième photo ci-dessus a été prise le 24 juin 2023, le long d’une route forestière menant à la chapelle de Notre-Dame de Bellevaux, dans les Bauges. C’est une route agréable qui part non loin du village d’Ecole et qui est parallèle au Chéran. Je n’avais jamais vu autant de Céphalanthères rouges : j’en ai dénombré plus d’une trentaine sur près de 1km.
De plus l’arrivée à la chapelle est une agréable surprise, le site est très vert et calme et la chapelle en elle-même un joli petit bâtiment.
Pierre