18 Septembre 2009
Le 28 juillet, la fille d'une de nos voisines nous apporte une grosse chenille trouvée
dans un champ de pommes de terre. C'est la chenille du Sphinx tête-de-mort, Acherontia atropos !
Le nom français rappelle que le papillon est orné sur le thorax d'un dessin évoquant une tête de mort.
Quant au nom latin, il n'est pas réjouissant non plus ! Acheron est le fleuve des Enfers que « les ombres des morts traversent sans retour » et Atropos, la divinité grecque qui, avec ses ciseaux tranchants, coupe le fil de la vie et vous expédie au Royaume des Morts.
La chenille nous surprend par sa taille : pas moins de 13 cm de long !
On la dirait en plastique ! Le corps est jaune avec des points dorsaux d'un noir pourpré et sept stries latérales obliques, bleu sombre soulignées de blanc.
A l'extrémité de l'abdomen, une corne appelée « scolus », recourbée en S et couverte de petites verrues.
La tête est jaune avec deux larges stries noires.
La chenille ainsi bariolée, devient presqu'invisible dans la végétation : le camouflage est parfait.
Nous l' installons dans un terrarium, au fond duquel nous mettons environ 15 cm de terre et quelques rameaux de troëne : nous avons lu qu'à défaut de feuilles de pommes de terre, elle peut manger du troëne. Je prends quelques photos, mais elle est très agitée et se nourrit très peu. Nous allons chercher des fanes de pommes de terre... mais elle ne les apprécie pas non plus !
A mon grand regret, elle ne veut pas prendre la position de « Sphinx », la partie avant de son corps relevée à angle droit, tête baissée, une posture étrange qui renforce son camouflage.
Et je ne l'entends pas grincer des mandibules, comme je l'ai lu dans les livres. Dommage !
Lorsque je reviens la voir, … elle a disparu ! Elle s'est enterrée pour se nymphoser.
Deux semaines plus tard, un peu curieuse, je renverse avec précaution le contenu du terrarium sur un journal et découvre tout au fond, la loge ovoïde dans laquelle repose la chrysalide : elle mesure à peu près 12 cm de long sur 4 cm de large ! L'intérieur de cette loge est lisse, propre, régulier comme revêtu d'un enduit taloché ! J'ai lu que la chenille s'enduisait de salive avant de s'enfoncer dans la terre.
La chrysalide est assez grosse, brillante, de couleur brun rougeâtre. A côté d'elle, la guenille de la chenille, c-à-dire sa peau.
Suivra une longue attente... jusqu'au 1er septembre. Le papillon est né, malheureusement ses ailes sont un peu déformées : le passage à travers la terre a t-il été difficile ??
Il refuse de s'alimenter ! Pourtant, je lui donne un peu de miel, mais il ne semble pas y toucher...
Après quelques jours, il meurt...
Le 7 août, Henry me téléphone : à la pharmacie, une personne lui a apporté une chenille... de Sphinx tête-de-mort ! Je vais la chercher, j'ai à peine le temps de l'installer dans un autre terrarium
qu'elle s'enterre !
Quelques jours plus tard, je sors la chrysalide de sa loge et l'installe sur la terre : un ami m'a conseillé de procéder ainsi...
Le 14 septembre, naissance du 2ème Sphinx tête-de-mort : il est absolument magnifique !
7 cm de long,..14 cm d'envergure : c'est le plus grand papillon européen par la taille, après le Grand Paon de nuit. C'est aussi le plus lourd (1,5 g !)
C'est un papillon au corps massif fusiforme. Au repos, les ailes sont repliées en « toit », brun sombre avec des reflets noirs et bleutés. Lorsqu'il les entr'ouvre, on aperçoit les ailes postérieures jaunes avec 2 bandes transversales noires. Le thorax porte un motif rappelant une tête de mort. Sur l'abdomen, des segments noirs et jaunes à la manière d'un gros frelon.
Lorsque je le touche, il « couine » grâce à une petite lame située à l'entrée du pharynx. C'est le seul papillon au monde à être capable d'émettre un son !
Je lui donne un peu de miel, car je sais qu'il en est friand ! Mais il n'y touche pas ! Je sais pourtant qu'il pénètre dans les ruches et perce sans difficultés les opercules des alvéoles à l'aide de sa trompe courte et solide. Il paraît insensible au venin des abeilles.
J'ai laissé le terrarium ouvert : notre papillon s'envolera-t-il ? Il faudrait qu'il trouve un partenaire pour se reproduire et qu'il rejoigne l'Afrique (c'est un grand migrateur !) avant l'arrivée du froid... Mais on dit que cette génération automnale a peu de chance de survie...
Claudie