5 Mai 2013
Dans «Un livre de famille protestant » (Genève, 1891), John Peter va à pied à Neydens depuis Saint-Julien par Ternier. Ce chemin, je l’ai souvent parcouru avec mon grand-père : nous allions jusqu’à Neydens rendre visite à mes grands-parents paternels. Ce n’est plus possible depuis la construction de l’autoroute.
John Peter note quelques fleurs et lorsqu’il se trouve près du ruisseau de la Creuse il parle de la tulipe : « mai voit croître en abondance la Tulipa sylvestris, à la fleur jaune. De Genève au Mont de Sion, on la trouve seulement là et dans les replis d’un vallon, près du pont de Sierne à côté de Villette ». Je crois que cette dernière station, située dans le canton de Genève, a été abîmée par les labours.

La Tulipe sylvestre est une plante rare en Haute-Savoie. Elle est connue depuis longtemps dans les communes de Neydens et Archamps. Elle a été mentionnée à Vacheresse et près du delta de la Dranse par Briquet et à Naves-Parmelan par Chevalier (catalogue de Perrier de la Bâthie), mais elle n’y est plus. En 2010 Roger Fillion a découvert 2 nouvelles stations dans la commune de Bassy.
Les feuilles (2 à 4) sont allongées, étroites, d’un vert bleuté, un peu pliées en gouttière, la pointe est « cucullée », c-à-d repliée en capuchon.

Les fleurs jaunes sont penchées lorsqu’elles sont en boutons, elles se redressent au moment de la floraison (mi-avril). Les pétales et les sépales sont semblables, on les appelle « tépales ». Les 3 tépales extérieurs lavés de vert ou de rouge-brun se replient en arrière lorsque la fleur est bien épanouie, les 3 tépales intérieurs, jaunes, ciliés, se tiennent dressés, leur face externe est munie de trois nervures vertes.

Au centre, une colonne massive terminée par une sorte d’écusson, le stigmate, réceptionne le pollen produit par les 6 étamines, 3 longues et 3 courtes. Dès la chute des tépales, la colonne va gonfler et deviendra fruit, capsule à trois cloisons abritant les graines.
La Tulipe peut coloniser de grandes surfaces car elle se multiplie surtout par stolons (bulbes stolonifères, reproduction par multiplication végétative).
C’était une plante des terrains cultivés qui était abondante autrefois. Pour fleurir, les bulbes ont besoin d’être remontés à la surface lors des labours traditionnels.
De nos jours, les tulipes se sont réfugiées dans les haies, les talus. Les bulbes s’enfoncent, il y a peu de plants qui produisent des fleurs.
La Tulipe sylvestre est une plante protégée. La commune de Neydens, fière de sa fleur, l’a fait figurer avec la croix de Savoie sur son blason et sur les plaques qui indiquent les noms des rues.

Monique